
« La petite gauche »
Quand De Gaulle décide de modifier la Constitution pour se faire élire au suffrage universel, François Mitterrand, à la tête de la Convention des institutions républicaines (CIR), déploie tout son talent pour imposer une candidature unique de la gauche à la présidentielle de 1965. À la tête de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) à laquelle participe la SFIO, qui est soutenue par le PCF et plus mollement par le PSU et contre toute attente, Mitterrand met De Gaulle en ballottage. Désormais la gauche a un chef, il lui faut un parti.
La gauche non communiste, c'est une SFIO vieillissante mais implantée, un PSU florissant mais atrophié et la CIR de François Mitterrand, le CERES de Jean-Pierre Chevènement, le Club Jean Moulin, etc. Cette division plombe la gauche. C'est le temps de la « petite gauche ».
La FGDS passe avec le PCF un accord de désistement au profit du candidat de gauche le mieux placé, qui amène l'opposition à un siège de la majorité lors des élections législatives de 1967.
L'année d'après, on ne s'ennuie pas. La révolte étudiante et la grève de générale de mai-juin 1968 dans laquelle le Parti communiste protège le régime gaulliste ouvre un débouché politique que le PSU, pourtant très présent dans le mouvement, ne parvient pas à incarner. En 1969, après le départ de De Gaulle, les socialistes désignent Gaston Defferre comme candidat à la présidence de la République. Il n'est même pas au deuxième tour. Cet échec précipite la recomposition du parti. La SFIO laisse la place au Nouveau parti socialiste sous l'impulsion d'Alain Savary.
D'Épinay à la présidentielle de 1974
C'est l'heure de l'élargissement. À la vieille SFIO s'ajoutent les amis d'Alain et de Jean Poperen. L'unité devient un axe politique. Bientôt, avec les réseaux de François Mitterrand, le congrès d'Épinay crée une nouvelle force à gauche qui s'attache en 1972 à réaliser l'union de la gauche autour d'un programme commun de gouvernement avec les radicaux de gauche et le PCF.
Le PS prétend interroger la société qui s'est débloquée après mai. Une nouvelle génération arrive. Les « sabras » comme on les appelle. Pleins d'avenir, aux cheveux longs, aux talents multiples et à la détermination sans faille. Lionel Jospin, Paul Quilès, Bertrand Delanoë, Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, ils croisent des compagnons plus anciens comme Colette Audry, Marie-Thérèse Eyquem, Pierre Mauroy ou Pierre Joxe. Le Parti socialiste est la force principale de la gauche. En 1974, après la mort de Pompidou, François Mitterrand est à nouveau le candidat de la gauche. Il arrive en tête au premier tour, mais il perd avec moins d'1 % d'écart devant Giscard. Désormais, la route de l'Élysée est ouverte, ce sera pour la prochaine fois. En attendant, le PS a supplanté le PC. Le PSU en fait les frais avec le départ vers le PS des amis de Michel Rocard et de toute une génération d'intellectuels venus de la CFDT. Cette fameuse deuxième gauche qui constitue la matrice à la fois de l'écologie politique et d'une gauche décentralisatrice.
Pierre Kanuty